Kenya : Moody's abaisse la note souveraine de B3 à Caa1

Publié le 09/07/2024

Le mois dernier, le président kényan William Ruto a dû rejeter le projet de Loi de finances 2024, après des émeutes violentes contre les mesures fiscales proposées. Pour Moody’s, cette annulation ralentira le plan de réduction de la dette publique du pays.

L’agence de notation Moody’s a dégradé, le lundi 8 juillet 2024, la note de crédit du Kenya, la faisant passer de « B3 » à « Caa1 », une note indiquant un « risque de crédit très élevé ». Cette décision s'accompagne d'une perspective négative.

Moody’s justifie cette dégradation par une capacité réduite du Kenya à mettre en œuvre une consolidation budgétaire basée sur les revenus. « La décision du gouvernement de ne pas augmenter les impôts prévus et de se concentrer sur des réductions de dépenses pour réduire le déficit budgétaire constitue un changement de politique majeur, impactant négativement les trajectoires fiscales et les besoins de financement du Kenya », a souligné l’agence.

Malgré les intentions du gouvernement d'introduire des mesures d'austérité sur les dépenses courantes et de développement, l’agence de notation estime que l’annulation du projet de loi ralentira le plan de réduction de la dette publique en raison de l'augmentation des paiements d'intérêt. Le ratio intérêts/revenus passera de 30 % en 2024 à 33 % en 2025, avant de s’améliorer avec la baisse des coûts d'emprunts nationaux, peut-on lire dans le communiqué de l’agence, dans un contexte où la mobilisation des ressources intérieures semble être devenue un exercice économique et politique difficile.

Pour rappel, le président Ruto a dû rejeter le projet de Loi de finances 2024 après des contestations contre les mesures fiscales proposées, notamment des taxes sur les voitures, les transferts d'argent et le pain. Ce projet visait initialement à lever 346 milliards de shillings kényans (2,6 milliards $), soit 1,9 % du PIB. Face à la pression sociale, le gouvernement a décidé de réduire les dépenses de 177 milliards de shillings kényans (1,3 milliard $) et d'augmenter les emprunts.

Pour l’exercice 2023-2024 clôturé le 30 juin dernier, le pays a mobilisé 2407 milliards de shillings (18,7 milliards $) de recettes, selon les données de l'Autorité fiscale du Kenya. Bien que cette collecte représente une hausse de plus de 11 % par rapport à l’exercice précédent, elle n'atteint que 95,5 % de l’objectif initial.

Moody’s a également maintenu une perspective négative pour le Kenya, affirmant que des déficits budgétaires plus importants augmenteront les besoins d'emprunt et les risques de liquidité.

Selon les prévisions de l’agence, le déficit budgétaire du Kenya devrait atteindre 4,6 % du PIB pour l’exercice 2024 et se stabiliser à une moyenne de 4,4 % pour les exercices 2025 et 2026.

Charlène N’dimon

Lire aussi:

26/06/2024 - Kenya : retrait de la Loi de finances après des protestations populaires

26/06/2024 - Kenya : la crise sociale persiste, malgré le retrait de plusieurs taxes contestées

19/06/2024 - Kenya : William Ruto annule plusieurs taxes après une contestation populaire